Sagesse et Yoga

L'auteur

Céline Chadelat

Article publié le 12/06/17

A force de penser yoga, de parler yoga, de conseiller de faire du yoga, Céline a finalement jugé bon d'ouvrir un blog sur le yoga. Après avoir été pigiste pour des revues spécialisées sur le yoga et les religions, elle publie "Thich Nhat Hanh, une vie en pleine conscience" aux Editions du Châtelet en 2016. Mettre en relation le plus grand nombre de personnes avec le yoga est un souhait profond qu'elle réalise avec ce blog, et prochainement avec le site capyoga.com, une plateforme conçue pour mettre en relation professeurs et futurs élèves. www.capyoga.fr

Nos contributeurs

Christophe Bourgois
Céline Chadelat
Aline Mahé Garcia
Myriam Domange
Stéphane Ayrault
Rudolf

Retrouvons-nous

Méditation interdite à Liège, déferlante de yoga bière au Canada, y a t-il un problème?

Jeudi dernier, comme à chaque fin d’après-midi, je relève les titres des Google Alerts qui concernent les termes « méditation » et « yoga ». Comme d’habitude, je ne trouve en grande partie que de l’information sensationnelle : méditation sur des fossiles, yoga-saucisson et autres. Mais deux informations m’interpellent : l’interdiction d’un cours de méditation transcendantale à l’université de Liège en Belgique, et sur la seconde revue de presse, l’ouverture de session de yoga bière dans les bars au Canada pendant l’été. Deux informations qui se font écho l'une et l'autre et qui réveillent mes valeureux neurones. En effet,  la mise en perspective de deux articles est révélatrice de la récupération du yoga par notre société. D’un côté, la technique de la méditation transcendantale se voit reléguée dans la catégorie des pratiques sectaires, et donc interdite, de l’autre, on abaisse le yoga à un jeu d’équilibriste alcoolisé. Rappelons que la méditation fait partie intégrante du yoga : elle est le septième membre du yoga de Patanjali, qui est en sanskrit, « Dyana ».

La méditation transcendantale popularisée par les Beatles


Les Beatles accompagnés de leur femmes entourent  Maharishi Mahesh Yogi lors de leur séjour à Rishikesh en février 1968

Moi qui pensais naïvement que ces cours de yoga bière, au même titre que le yoga téquila étaient un phénomène marginal, relayé par le web uniquement pour leur potentiel sensationnel, il me faut reconnaître, pantoise, la dure réalité. Le yoga bière se développe tandis qu’à Liège, l’université interdit les conférences sur la méditation transcendantale ! La raison ? La méditation transcendantale est considérée comme une secte par les autorités canadienne et française. Pourtant, la méditation transcendantale est une méthode d’éveil de conscience totalement admise dans d’autres pays, voire très populaire aux Etats-Unis. Pour la légende, elle fut popularisée par les Beatles lors de leur séjour en Inde en 1968. Et si John Lennon a quitté l’ashram furieux, c’est d’abord parce qu’il s’y ennuyait ferme et qu’il prit l’escarmouche entre Maharishi Mahesh Yogi et Mia Farrow comme prétexte. Et c’est dans ce cadre que John Lennon, selon ses propres dires, créa ses meilleures compositions. Aujourd’hui, la méditation transcendantale a été rendue célèbre via Deepak Chopra, qui fut l’assistant personnel de Maharishi Mahesh Yogi, et compte de nombreux pratiquants en particulier aux Etats-Unis.

Le yoga bière, un épiphénomène

Loin de moi l’idée d’opposer ces deux pratiques. En soi, le yoga bière ne me dérange pas. Pour écrire sur le yoga depuis plusieurs années, les modes passent et finalement, il y a autant de yogis que de yogas. Le yoga bière est un épiphénomène. Je sais aussi que lorsque ces pratiquants toucheront du doigt une dimension vaste et lumineuse grâce au yoga, alors la bouteille de bière perdra de son importance. Au fond, il s’agit d’une excentricité d’une partie du monde qui confond encore le calme avec l’ennui, la simplicité avec le vide et l’absence, qui passe à côté de la puissance du silence et pour lequel le souffle ne signifie pas grand chose. Bref, un monde peinant encore à ouvrir une nouvelle fenêtre, à entrevoir une nouvelle réalité, une nouvelle conscience. C’est une chose, cela existe alors peut être que cela doit être. Mais ce qui est dommageable est qu’en 2017, en Europe et au Canada, des méthodes d’ouverture de conscience se voient réprimées tandis que ce qui l’abaisse est carrément encouragé au nom du yoga. Interdire une pratique de méditation, simplement parce que d’autres l’ont interdites, sans réflexions ni raisons valables, en somme, sur la base de préjugés est injuste. Avec pour résultat, une popularisation du yoga à deux vitesses et un nivellement par le bas.

Trouver la paix intérieure plutôt que le recours à des expédients

Parce que, comme on peut le constater sur les réseaux sociaux, il est certain que les promoteurs du yoga bière, très présents en Allemagne, profiteront d’une promotion médiatique défiant toute concurrence. En associant deux termes aussi antagonistes: « alcool » et « yoga », ils défont les codes inhérents à une pratique qui appelle à trouver en soi la sérénité et l’équilibre intérieur plutôt que dans le recours à la consommation d’expédients. Ils choquent avec pour résultat, de faire parler de leurs sessions. Toujours la même logique médiatique à l’œuvre.

Certes, le yoga et la méditation pleine-conscience connaissent une belle envolée en France depuis 2010. Mais comme j’ai pu le constater au fil de mes rencontres, si le yoga a autant gagné en termes d’image ces dernières années à Paris puis dans les médias, c’est grâce aux Français partis aux Etats-Unis, un pays beaucoup plus ouvert dans lequel le yoga est ancré depuis près de trois décennies. Là-bas, ils ont découvert le yoga souvent de manière fortuite, se sont passionnées pour la discipline avant de revenir enthousiaste le populariser grâce à un bon marketing et la foi dans leur discipline. Pendant que le yoga aux Etats-Unis connaissaient le succès depuis les années quatre-vingt, en France, en revanche, yoga et méditation ont largement pâtit des politiques anti-sectes- très critiquées et jugées excessives par des universitaires spécialistes de ces questions- qui eurent cours dans les années 90 et 2000 ; avec pour effet, de renvoyer à l’opinion une image ternie du yoga et de la méditation, réduite à des volutes d’encens d’adeptes hypnotisés

Séance de yoga à Phoenix, Arizona, 1982
Session de yoga à Phoenix, Arizona, 1982

Aux Etats-Unis, il me semble qu’on tente, on expérimente, on échoue, on analyse les échecs, on réessaie, on réussit et finalement on avance. En Europe, on interdit. Le poids, le karma ? de l’histoire, peut-être. L’histoire de nos deux continents est aussi née au XVIè siècle d’un schisme religieux et spirituel.

La méditation contient en elle-même un pouvoir de sérénité et de créativité extraordinaire. Comme chacun des Beatles l’a reconnu (même John plus tard !). Nous détenons des capacités et des aptitudes propres qu’il s’agit de concentrer pour mieux les développer. C’est un apprentissage auquel la méditation nous invite. Elle développe et sublime notre potentiel intérieur. Ne nous en privons pas. L’heure est à l’audace.

Le dialogue est ouvert, vous pouvez commenter cet article, l’aimer et le partager !

 

 

Commentaires

Portrait de citananda shanti

Merci pour cet article, qui respecte bien la diversité des chemins proposés, tout en mettant en évidence la promotion de notre société et le nivellement par le bas des pratiques qui associent alcool et yoga

Portrait de Céline Chadelat

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