Sagesse et Yoga

L'auteur

Christophe Bourgois

Article publié le 27/04/17

Je pratique le Yoga depuis 2009. Après avoir rencontré les enseignements bouddhistes Tibétains, puis ceux de Sri Sri Ravi Shankar, le Krya Yoga de Babaji, j'ai enfin découvert la richesse des Védas grâce à Sri Tathata. Cette démarche personnelle profonde a complètement transformé mon rapport au monde, aux autres, aux animaux et au travail.

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La retraite de yoga au Kerala (Inde) de Christophe, CEO de Capyoga

Une retraite spirituelle, il en rêvait. Se lever à 3h30 du matin pour passer des heures en lotus dans un ashram plutôt que de jouer au lézard sur les plages de Goa ou de Varkala, c’est le choix de Christophe, le cofondateur de Capyoga. Un magnifique témoignage sur l’apprentissage de la sagesse.

Alors que je sortais d'une période d'activité professionnelle intense, avec, ces derniers mois, très peu de week-ends, une sensation d'épuisement profond installée depuis plusieurs semaines, un grand manque d'heures de sommeil, je ressentais une forte aspiration à m’offrir une retraite dans un ashram. Une retraite d’un mois qui serait consacrée 100% à des « ascèses », c’est-à-dire à une pratique spirituelle, le tout dans un ashram que je connais bien dans le sud de l'Inde, au Kerala. Pas un ashram « pour occidentaux », avec nourriture occidentale et rencontres de toutes les nationalités, non : un ashram des plus traditionnels, ou l'emploi du temps est réglé sur les pratiques védiques – qui s'étalent chaque jour de 3h30 du matin à 20h30, où les trois repas de la journée, invariablement, sont composés de riz et de légumes.

Qu'ai-je vécu « seul », les yeux fermés sur mon tapis de méditation, pendant ces quatre semaines pour me donner  envie, chaque année, de la réitérer ? Quatre semaines à se lever au milieu de la nuit et à me consacrer à des pratiques dévotionnelles, à la méditation, à la récitation de chants d'hymnes védiques autour du feu sacré, l’Agni Hotra ? Comment expliquer ce besoin intense de retraite à ma famille, à mes proches, à la société sans être suspecté au mieux, de bizarrerie, au pire d’être complètement fou ?

L’arrivée à l’ashram, le manque de sommeil

J'étais assez inquiet de réussir à me lever à 3h30 tous les matins pendant 1 mois ! J'ai été très surpris par mes deux premiers jours dans l'ashram.

Dès mon arrivée, je me suis senti empli d'une telle joie, d'un tel enthousiasme que ma fatigue s'est transformée. Ce que je ressens, à chaque fois que j'arrive dans ce lieu, c'est une énergie tellement forte qu'elle apaise mon mental quasiment instantanément, mes pensées sont beaucoup plus rares (si je me laisse faire) et mon cœur s'ouvre, se remet à respirer, je lâche prise naturellement. C'est le seul endroit où cela se produit aussi naturellement et rapidement…

Le fait de me retrouver dans ce lieu plein d'énergie a très vite eu raison de ma fatigue, même si je dormais moins qu'en France : les deux premières nuits, je n'ai presque pas dormi tellement l'énergie était forte tout en me levant sans problème à l'heure dite, 3h30 du matin tout de même !. Je crois que cette fatigue liée au manque de sommeil était d’abord et surtout mentale.

Ainsi, en quelques jours je me suis adapté au rythme de l'ashram. J'étais prêt à me mettre au service du feu pour une première semaine.

Première semaine de retraite : mon attention est tournée vers l’extérieur

Cette première semaine fut très joyeuse. J'étais très intériorisé pendant les rituels et l'ensemble des pratiques. Cela créait comme un bouillonnement à l'intérieur de moi, une force très agréable, qui se manifestait à l'heure des repas sous forme de joie, j'ai beaucoup ris avec les quelques rares Français qui se trouvaient là.

Je restais aussi en connexion régulière avec quelques amis pour leur donner des nouvelles en leur envoyant des photos et des messages. Autant j'étais très intériorisé pendant les rituels, autant mon attention était très tournée vers l'extérieur après. Je n'en ai pris conscience que plus tard.

Deuxième semaine de retraite : un peu de repos 

A la fin de la première semaine, j'ai appris que je ne serais pas au service du feu la semaine suivante, car un indien s'était manifesté pour occuper cette place « prisée » que je ne pouvais évidement pas m'accaparer pendant 3 semaines d'affilée.

J'étais un peu déçu, puis j'ai finalement décidé de poursuivre sur le même rythme, de prendre part à l'ensemble des rituels dès 3h30 du matin car même si je n'officiais pas vraiment, j'avais la liberté de participer à l’ensemble des rituels.

Cette situation m'a aussi laissé du temps libre pendant les heures de nettoyage auxquelles je ne participais pas encore, notamment pour m’acquitter d'une petite mission professionnelle dans le cadre de mon activité freelance. La vie est décidément bien faite:)

Troisième semaine de retraite: les pensées négatives surgissent

Dès les premières heures, tout a basculé ! En effet, depuis deux semaines, je me sentais au paradis, et je pèse mes mots…

Il m'était déjà arrivé, quelques années auparavant, de passer de cette impression d'être au paradis à celle d'être en enfer, d'être intérieurement en guerre, en lutte. Et, c'est ce qui s'est produit à nouveau cette année.

Que s'est-il passé ? En réalité pas grand-chose extérieurement, comparé aux conséquences intérieures. Des choses ne se déroulaient pas comme je le voulais en France, et comme je n'ai pas lâché prise (sur ce que je ne pouvais de toutes façon pas contrôler), cela a eu pour conséquences de déclencher un flux de pensées négatives qui s'auto entretenait de façon très puissante, à la mesure de l'énergie du lieu.

"Ton attention est beaucoup trop focalisée sur le monde extérieur"

Ça a duré une bonne partie de la première journée. Heureusement, j'ai eu la chance de passer un moment avec Suryaji, l'Indien responsable de la bonne marche de tous ces rituels, et je lui ai confié mon problème.

J'ai alors reçu un très bel enseignement qui me disait en substance : « Ton attention est beaucoup trop focalisée sur le monde extérieur, tu n'as pas idée de l'importance de ce qui est accompli ici, détache toi complètement de ce qui se passe à l'extérieur de toi et recentre toi complètement à l'intérieur, dans une attitude dévotionnelle. Ici une seule chose compte vraiment, la relation que nous entretenons avec la Source ». Entendre ces mots fut assez douloureux car j'ai pris conscience que combien  même j'étais satisfait de mon « intériorisation » pendant les rituels, ma conscience était aussi beaucoup tournée vers l'extérieur en dehors de ces moments. Et en même temps, j'ai reçu cet électrochoc avec beaucoup de gratitude, comme une magnifique grâce. A la fin de la conversation, mon enfer intérieur avait de nouveau laissé la place au paradis.

J'ai ainsi passé cette troisième semaine dans une attitude beaucoup plus intériorisée, en ne gaspillant plus cette énergie en interactions avec le monde extérieur, mais en faisant grandir en moi cette énergie si forte et pourtant si douce, comme nous l'enseigne le yoga. Le silence et la paix ont pris toute la place en moi, comme une vibration, un silence vibrant, une présence intérieure tendre et joyeuse…

Ce silence a alors laissé de la place à l'enseignement intérieur. J'ai eu la chance de recevoir un éclairage nouveau sur une problématique sentimentale ainsi que sur une difficulté professionnelle sur lesquelles mon mental tournait en boucle sans trouver de solution, pris dans une forme d'incertitude dont je ne trouvais pas d'issue. Cela s'est manifesté comme une fulgurance pendant une méditation silencieuse, me révélant soudainement une option évidente, option qui m’était restée totalement étrangère jusqu’alors.

Austérités, ascèses : le vocabulaire Français est peu réjouissant…

Mais d'abord, pourquoi notre société a une vision aussi peu réjouissante de ce type d'expérience ? La mienne est toute autre ! Quand je compare mon expérience aux idées véhiculées par les termes que notre langue associe à ce genre d’expérience, je me questionne sur les raisons de ce décalage. Serions-nous conditionnés par le vocabulaire employé ?

Austérités vient du latin « austeritas » qui signifie « âpreté », voilà qui n'est pas très engageant… Selon une autre définition, l’ascèse est une « discipline volontaire du corps et de l'esprit cherchant à tendre vers une perfection par une forme de renoncement ou d'abnégation ». C'est un peu plus clair, mais pas très engageant non plus : renoncement, abnégation !

Effectivement, notre vocabulaire utilise des mots très « connotés » négativement, qui s’apparente à un manque, un sacrifice pour désigner ce type de période, qui selon mon expérience est plutôt riche et réjouissante…Je me suis alors tourné vers le sanskrit : le mot utilisé est « tapas » qui signifie « réchauffer », « faire brûler ». On est ici dans une description beaucoup plus pragmatique, sans connotation d’une quelconque pénibilité. Ce mot est comme nous le verrons plus proche de la réalité de l'expérience vécue.

D’autre part, notre société utilise un référentiel principal que sont les cinq sens. On nous incite à rechercher le bonheur dans la réalisation de nos désirs et l'exaltation de nos sens. En revanche, le yoga prône le retrait des sens en orientant la conscience vers l'intérieur, qui va permettre d'accéder à des états de consciences et des perceptions beaucoup plus subtiles, et installer un état d'être calme et joyeux, indépendamment des circonstances extérieures puisque solidement enraciné dans un état intérieur. Cet état intérieur, il est possible de l’entretenir par la pratique.

Ainsi, au contraire du paradigme inculqué par ma culture et mon éducation européenne, qui propose de trouver le bonheur dans la satisfaction des besoins extérieurs, et qui par nature sont éternellement insatisfaits, le yoga nous permet d'accéder à un bonheur durable et indépendant des aléas de la vie. Ses fondations sont un état d'être intérieur par nature stable et joyeux.

Que s'est-il passé du point de vue du yoga ?

Cette dernière partie s’adresse aux lecteurs engagés et aux professeurs car, non seulement, vous me lisez depuis un moment, mais en plus je m’apprête à employer un vocabulaire très spécifique !

D’après la science yogique, nous ne sommes pas constitués d’un corps mais d’au moins quatre premiers corps. Le plus dense : le corps physique, le corps pranique (énergie vitale + émotions), le corps mental (intellect) et le corps spirituel. Les récitations de mantras (sons sacrés) et d'hymnes védiques (hymnes tirés des Védas, sagesse millénaire de l'Inde) ont pour conséquences d'apaiser le corps mental, ce qui est une des causes de l'installation du silence intérieur.

La pratique du pranayama (méthode de respiration) a pour effet l’absorption d'énergie vitale, et la descente de lumière des plans les plus subtils (corps spirituels) vers les plans plus denses (corps mental puis corps pranique). Ainsi, le pranayama est une des causes de l'installation du silence intérieur, mais aussi de cette énergie ressentie comme un bouillonnement intérieur.

Les rituels au feu sacré, associés aux récitations d'hymnes védiques ont pour effet à la fois l'absorption d'énergie vitale renouvelée et la purification des corps mental et pranique.

Ainsi, toutes ces méthodes augmentant l'énergie vitale sont la cause des remontées d'émotions négatives, des colères, etc. car tant que nos corps pranique et mental ne sont pas complètement purifiés, l'absorption de grande quantités d'énergie va faire remonter tout ce qui ne l’a pas encore été. La lumière met l'ombre en évidence, et la brûle…

C'est d'ailleurs le sens du mot sanskrit « tapas », qui signifie brûler. Ainsi, une personne qui pratique des tapas va éveiller l'énergie d'agni (agni est l'énergie subtile contenue dans l’élément feu) soit par l'agni otra (feu sacré), soit par certaines méthodes de pranayama. Cette énergie d'agni va révéler ce qui était jusqu'alors caché, tapi dans l'ombre, et le brûler au feu de la lumière subtile d'agni.

Ces différentes méthodes de purification et d'activation de l'énergie vont petit à petit venir détendre et activer nos différents chakras (centres énergétiques) et nous permettre ainsi d’expérimenter ce silence vibrant, la paix intérieure, l’amour inconditionnel et la joie intérieure (détaché de toutes raisons extérieures)

 …

Aujourd’hui, je peux dire que mon état de conscience n'est plus le même. Le chemin du yoga a mis du sens dans ma vie, un sens que je souhaite partager aujourd’hui à travers la diffusion du yoga par l’intermédiaire de Capyoga.

Si vous aimez cet article, s'il vous plait, liker, partagez et abonnez-vous à notre page Capyoga. Pour nous, c'est vraiment encourageant.

 

 

Programme-type d'une journée à l'ashram :

3H30 : Réveil
4H00 : Sadhana
4h45 : Récitation de Suktams (hymnes védiques)
5H15 : Préparation du feu
5H45 : Pause
6H15 : Démarrage de l'Agni Hotra
6H45 : Lever du soleil, méditation puis début du rituel au feu (Visva Shanti Yajna = Rituel pour la paix dans le monde)
8H15 : Fin des rituels du matin, nettoyage rapide
8H45 : Petit déjeuner
9H15 : épluchage de légumes
9H45 : Nettoyage du yoga Shala
10H45 : Récitation mantra spécifique
12H00 : Sadhana mi journée
12H45 : Conjonction mi journée
13H00 : Repas puis pause
15H30 : Préparation du chala pour l’agni otra du soir et du lendemain matin
18H15 : Agni otra du soir + conjonction coucher du soleil
19H00 : sadhana du soir
20H00 : repas puis repos

Commentaires

Portrait de Céline Chadelat

Ton récit est touchant de part son authenticité !

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